PROLOGUE

J'écris ce livre comme une thérapie, un besoin de raconter ma vie pour en exorciser tous les démons.
C'est le point final d'une periode difficile et le début d'un changement radical.
Mon histoire est certainement similaire à celles qu'ont dû vivre plein d'hommes comme moi...
Je cite des personnes dans ce livre, elles se reconnaîtront...
Alors bonne lecture en espérant que ça plaise!
# Posté le jeudi 21 août 2008 09:01
Modifié le lundi 08 septembre 2008 19:29

Chapitre 1 ENFANCE, UN MOMENT MAGIQUE

2 juillet 1976.... Grosse chaleur, c'est à ce moment là que je décide de venir voir ce qu'il se passe sur cette terre...

Ma mère en est déjà à son deuxième mariage. Bon, le premier (pauvre mec...), a été expéditif! Une semaine! Un record non? Ça montre déjà le côté stable de ma mère....

Mon père? Un mec jeune... Comme moi en ce moment... Un grand bonhomme, heureux et amoureux... Enfin papa !

Donc j'arrive dans la vie de ce jeune couple. Tout se passe bien et quatre ans plus tard un petit mec voit le jour aussi... Bienvenue petit frère... Morgan.

Mais dans la vie de nos parents, ça ne va plus...
Un papa trop souvent retenu par son travail, une maman qui se lasse... Et un soir, je joue devant la porte d'entrée, ça crie chez moi... Ils sont en colère, encore une fois.

Chut ! Vous allez réveiller mon petit frère!

Papa passe la porte avec une valise... Tu pars en vacances papa?

Tu reviendras jamais.

J'avais quatre ans... Vous comprendrez pourquoi mais ça ne fait pas mal... Ca laisse des traces.

Le temps passe... Maman me gâte, non, me pourrit plutôt. Je suis l'homme de la maison, je mange avec elle devant la télé, je dors avec elle, je ne la lâche pas et elle non plus.
Morgan grandit un peu mais il est tout petit quand même... Je ne suis pas le petit frère modèle.... Il y a plein de trucs qui me retiennent dans ma tête à ce moment là, ça aurait pu être tellement différent... Enfin vous comprendrez après.

Puis un soir il y a ce mec qui débarque à la maison... Mais c'est qui lui???
En plus il se permet de me demander d'aller au lit! Ça va pas ou quoi?? C'est moi le chef ici... Dégage tu me fais de l'ombre!
Je commence par lui mettre tout ce que je trouve dans ma chambre sur la tête, du haut de l'escalier... Tu veux la guerre ?? Tu vas l'avoir!

Mais je suis tombé sur plus têtu que moi...
Pas grave... Je t'aurai à l'usure...

Bizarrement le lendemain il est encore là au petit-déjeuner. Il s'incruste ou quoi?

Alors du haut de mes quatre ans, je commence à monter un plan pour le faire disparaître. Surtout qu'il me fait pas de cadeaux celui-là! Il me fait la morale, ne cède pas à mes caprices, et en plus il monte la tête à ma mère car elle change beaucoup trop vite à mon goût... Non mais! Il se permet même de me coucher lui-même sans faire attention à mes larmes de crocodile... Il n'a pas de c½ur je vous dis! En plus il s'occupe bien de Morgan... Alors là c'est sûr maman ne le lâchera pas celui-là ! Il faut que je le tue, j'ai pas le choix...

Je démonte minutieusement plusieurs prises électriques dans la maison. Je laisse juste les deux fils... Y a bien un moment où il les touchera... Moi en tout cas je fais attention et puis ils ne se douteront pas que c'est moi!
Il est fort... Il les remonte toutes... Sans se faire mal! C'est pas grave je recommencerai demain.

La scène se répète sur plusieurs semaines et puis je ne sais pas pourquoi un jour je me fais surprendre en le faisant... Aïe aïe aïe

C'est ma première fessée... Enfin la première vraie... Je le déteste et je la déteste aussi de pas me défendre!
Mais je vais bien jouer le jeu et elle va culpabiliser... C'est leur première engueulade aussi na!
Il faut avouer qu'il est tenace et malin en plus. Il reste et il faut que je me fasse à cette idée-là.

Les mois passent... Et tiens, mon papa revient à la maison!
Il le connaît lui? Ils ont l'air de bien s'entendre et maman a l'air d'aimer ça.

Par la suite, ils mangeront ensemble au moins une fois par semaine... Ils deviennent même très proches.
Morgan grandit et maman grossit... Il y a encore un petit frère à venir nous sommes en 1981... Bienvenue Quentin!

*


J'habitais une belle et grande maison mais les temps sont durs et il faut déménager.

Je connais les joies de l'appartement en cité à Cachan. J'ai six ans, je vais à la maternelle depuis deux ans déjà. J'ai une copine et plein de copains... Mon petit frère a deux ans et on a une crotte de quelques mois à la maison. C'est une bonne période dans mes souvenirs, un peu le bordel mais c'est chouette... J'ai en plus depuis tout petit un gardien... Mon chien Lilleng. Un beau colley que maman a aimé plus que tous les hommes de sa vie!

Mon nouveau papa travaille dans l'affichage de publicité et ma maman est secrétaire de direction. Mon vrai papa travaille toujours comme ingénieur du son chez Colgate pour TF1. On le voit souvent, il est là pour les noëls, les jours de l'an souvent... Enfin dès qu'il peut quoi... En plus il est pote avec mon nouveau papa et je sais bien qu'il aime ma maman! Mais depuis que Quentin est là, je le sens un peu triste quand même...

Les années passent... Je grandis et les autres aussi. On a re-déménagé mais maintenant on habite Paris c'est très sympa mais le quartier est bof. Rue Sedeine dans le 18ème c'est pas terrible mais il y a aussi de jolies filles à l'école, je suis en primaire et je suis un petit garçon sage....Pourvu que ça dure...

Je suis le chouchou de ma mère, ça crée des conflits à la maison, c'est que le début...
Papa (car c'est comme ça que je l'appelle depuis quelques temps) travaille beaucoup mais on est potes lui et moi... Il m'emmène avec lui la nuit et j'adore dormir dans son camion.
Il nous arrive même de partir tous les cinq avec mes frères et maman plus les chiens, oui on a trois chiens à cette époque... C'est marrant on mange dans le camion et on dort là aussi !

Mes souvenirs de ce moment-là de ma vie sont remplis d'amour et de joie... Merci pour ça à mes parents car très vite ils nous ont appris ce qu'était le fait d'être humble et de profiter des moments de bonheur simple que la vie offre....

Un jour on nous explique que papa et maman ayant bien travaillé, on va avoir une maison rien qu'à nous...
Donc re-déménagement... Direction pas loin! Bessancourt dans le Val d'Oise... Une belle petite maison mais comme elle est en construction ben nous on vit dans une caravane sur le terrain et on regarde la maison se construire.

On passe presque un an comme ça, on fête même noël dedans! Puis un jour... Ca y est on peut aller habiter dans cette petite maison qu'on a vu sortir de terre!
Génial! J'ai une chambre pour moi tout seul!! J'ai huit ans... Le pied quoi!
Alors mes murs sont mauves... Avec des posters... Elle était super cette chambre !

Deux ans passent... Plein de belles choses... Trois frangins qui se construisent des souvenirs...
Et déjà je commence à être salaud avec eux... Mais c'est pas grave! Maman m'adore et me couvre sur la moindre de mes conneries!

Mes parents avaient envie d'un poulailler... Donc ils l'ont fait... C'était sympa on avait des ½ufs frais en région parisienne! Sauf que mes frères et moi on avait peur du coq!
Un jour je vais avec Morgan chercher des ½ufs. Et là je fais la crapule... Je le pousse dedans et referme le poulailler en partant en courant... Imaginez.... Mais je pense que mon frère est encore traumatisé! C'était moi ça... A cette époque...

Et comme toute époque a une fin... On déménage, oui encore... Mais là c'est une autre histoire.

J'ai dix ans, je rentre dans une autre époque de ma vie... Mes parents sont des doux rêveurs... Même de gentils fous je dirais.
D'un coup d'un seul, ils ont envie de partir en Auvergne élever des poulets, des chèvres et faire un chenil... Un élevage de chiens quoi! Avec le recul je me dis que c'était un grand coup de n'importe quoi... Mais ça s'est fait!


*


On arrive là.
Il n'y a rien....
A part un grand terrain plein de friches...
Trois maisons sur le terrain, une habitable... Enfin si on peut dire ça.
Pas d'électricité, pas d'eau, le premier voisin à trois kilomètres, mais c'est un sentiment de liberté pour eux que je ressens si fort à ce moment-là que je peux vous dire que ma vie commence réellement là.
Ma façon de voir les choses... C'est à ce moment-là de ma vie que je me construis.






# Posté le jeudi 21 août 2008 09:06
Modifié le lundi 08 septembre 2008 20:19

Chapitre 2 VIVE L'AUVERGNE ET SES PAYSANS

Ça y est on y est...Une vieille maison avec une grande cheminée et un escalier tout droit pour aller dans le grenier...voilà les premiers souvenirs que ça m'a laissé.
C'est sympa une cheminée, surtout quand tu es môme, ça fait rêver...

Je vais me la jouer Balzac, je vais décrire la scène.

Vous êtes sur une petite route de campagne, il y a un panneau bleu avec des toutes petites lettres en fond blanc qui écrivent « les trembles »...et c'est par là.
Bifurcation sur un chemin de terre...ça grimpe...vous passez devant un étang, une vieille grange énorme mais en ruine...un grand virage, et elle est là ...énorme...une vieille maison pleine de pierres...tout en haut de cette colline se trouve ma nouvelle demeure.
En entrant ça sent le renfermé, deux grandes pièces séparées par un mur d'au moins un mètre cinquante d'épaisseur...un escalier de meunier mène à l'étage, mais attention danger le plancher est à refaire !
Quand je vous dis qu'il n'y a rien, c'est vraiment rien !
Les débuts c'est du camping. réchaud a gaz, jerrican d'eau pour la vaisselle et se laver. les toilettes c'est dehors! pour un retour aux sources....c'est gagné.

Les mois qui suivent c'est travail, et il y avait de quoi faire....
Mes frères et moi allions a l'École du village. On s'est tout d'abord fait chambrer, « parisien, tête de chien », et puis on s'est très vite fait des amis. C'est fou ce que la campagne apporte à des enfants.

Je me suis lié d'amitié avec deux frères anglais, leurs parents avaient eux aussi « pété les plombs ». On se comprenait quoi...
Avec eux j'ai découvert les premières montées d'adrénaline, je me suis fait courser sur toute la longueur d'un champ par une vache enragée qui défendait son petit...et je peux vous dire que c'est mauvais une vache quand ça a les nerfs !
J'ai construit mes premières cabanes aussi, mais je vous parle de la vraie cabane, celle qui ne finit jamais de s'agrandir et de se construire...
La première c'était dans le potager avec mes frères, on en était fiers. Imaginez deux étages complètements isolés...un gros arbre pour tenir le tout et c'était joué ! On avait même une sortie de secours sur le toit avec une grosse corde accrochée à l'arbre pour faire une sortie style tarzan. des trésors sont certainement encore enfouis là-bas...pots de confiture essentiellement, en cas de guerre!

La deuxième c'était avec mes potes, pour y accéder il fallait avoir du courage.
Première étape, traverser le fameux champ avec sa vache enragée.
Deuxième étape, retrouver la cabane, tout le monde ne pouvait pas savoir...et pour cause! Elle était construite en plein milieu d'une rivière au fond d'un bois!
Donc troisième étape...y accéder! Pas le choix il fallait se mouiller.

Quand vous aviez la chance de rentrer dedans, c'était du bonheur, livres cochons, cigarettes, bières... on a bien rigolé ici.
Puis un jour on a découvert que l'eau avait monté et emporté notre « home sweet home »...
On est passé a autre chose.


La maison prenait tournure, mon père venait enfin de finir le plancher de l'étage et on avait des fenêtres, bientôt il y aurais trois chambres et une salle de bain.
En bas la cuisine et les toilettes étaient eux aussi en phase finale, ça avait même de la gueule!
Dehors, c'était découverte sur découverte, en nettoyant sont apparus une mare et un puit. J'aidais mon père comme je pouvais, on a construit un enclos pour que maman élève ses chiens, un poulailler pour que papa élève ses poules.
Le terrain faisait plus de un hectare si mes souvenirs sont bons. Pour des parcours en vélo de cross c'était l'idéal. On avait un vieux tracteur en plastique bleu avec des pédales, à trois dessus on descendait a une vitesse vertigineuse, je me débrouillais toujours pour conduire,car en cas de chute c'était toujours le conducteur qui s'en sortait bien. Idem pour le vélo...il y a eu des atterrissages dans les bottes de foin très durs, les parties génitales de certains s'en rappellent encore!

Noël approche, le froid est là.

Le froid. Je ne le connaissais pas encore jusqu'à ce moment là. Un matin mon père ouvre la porte et dehors il y a un mètre cinquante de neige. Obligé de faire un chemin pour aller à la voiture,chose d'ailleurs complètement inutile, vu l'état de la route devant.
Nos mains restaient collées sur la poignée de la porte. dehors impossible de tenir debout. Heureusement la cheminée et les chiens étaient là. c'est des bons souvenirs, des souvenirs de regroupement...une sorte de clan.

Quand vous êtes enfant, votre cerveau prend des photos comme s'il marquait à jamais la mémoire pour se souvenir, et une de ces photos c'est moi et mon père en train de couper des arbres pour la cheminée, dans le froid, c'était dur mais glorifiant en rentrant à la maison.
Un autre souvenir très fort, c'est moi et mes deux frangins en train de construire un igloo. Pas d'école ce jour la, le bus ne pouvait pas rouler, au grand bonheur de toute la troupe....
Il y avais tellement de neige... on faisait de gros blocs de neige qu'on entassait les uns sur les autres... on est rentré à trois dedans!
Trop de rigolade...un sac poubelle remplit de foin lancé du haut d'une colline enneigée...sensations assurées...

La maison était encore en travaux pour le réveillon de noël, mais c'était chaleureux.
On avait de l'électricité,des toilettes,une salle de bain et une cuisine...mais pas d'eau chaude.

C'était l'euphorie à la maison ce soir là, imaginez la scène, ma mère dans ces moments-là se transforme, elle devient un personnage hors du commun. Chacun essaye de faire du mieux qu'il peut pour accomplir déjà sa propre tâche,c'est-à-dire se laver ( et ce n'était pas une mince histoire), s'habiller, ranger, et après aider....pas besoin de préciser que pour notre âge, mes frères et moi, savions pratiquement tout faire dans une maison.
Et dans ces cas-là nos parents finissaient toujours par s'engueuler. Ça partait de rien, juste une phrase un peu déplacée du contexte de la part de mon père et un retour flamboyant de ma mère. La guerre des mots ...demandez à mes frères, c'était parfois de franches rigolades.
Mais tout se finissait en général bien, surtout que du monde était attendu ce soir là, mon père , et nos grands-parents.

Nous étions en 1985, mon cadeau c'était un super walkman et la k7 de j.j Goldman « non homologué », mon premier trip musical...
A mon souvenir c'était un bon réveillon, on avait fini par manger des châtaignes grillées dans la cheminée, nos parents refaisaient le monde. J'ai toujours aimé ces moments où on lutte avec le sommeil, bercé par les grands débats, dans une volute de fumée de cigarettes et d'odeur de cognac. Un bon moment de famille.

*

Je marche la tête dans les nuages, bercé par mon walkman, mes frères font les cons comme d'habitude, mais moi aujourd'hui ça ne m'intéresse pas...
Je pense à elle, à ce que m'a dit mon pote Cédric. Il parait qu'elle me trouve mignon, mais ça se trouve c'est parce que je suis nouveau...mais bon là avec mes vêtements neufs, mon walkman... j'ai plus qu'a crâner un peu.

Après être passé récupérer les petits Bernard sur le chemin, nos premiers voisins accessibles ( deux kilomètres... ), après avoir aussi séparé mes frères qui se battaient dans leurs grosses doudounes, nous arrivions au carrefour du bus. Quelques minutes d'attente et nous serions au chaud.

Le parcours du bus je m'en rappelle bien. De chez nous il y avait deux kilomètres et demi pour arriver à l'arrêt. Et le plus dur c'était le soir car ça grimpait!
Le matin on retrouvait Amandine et Aude, les filles d'amis à mes parents, puis on allait chercher les filles Moncouilloux, ensuite c'était le tour du bourg .
Saint bonnet du four, petit village de deux cent cinquante habitants éparpillés dans la campagne, plus de vaches que d'habitants ici...
Au passage je récupérais mon pote Cédric, ça y est j'étais dans l'ambiance.

A ce moment-là je fréquentais l'école des filles de Montmarault, j'étais en cm1, un élève plutôt doué.
Mais ce jour là je n'avais que cette fille dans la tête, elle étais grande, brune, fille du pharmacien du bled. Tous les garçons la voulaient. Mais ce matin, à la récré de dix heures c'était moi qu'elle regardait....
La meilleure récré pour attirer l'attention c'était et c'est encore celle de midi. Ce jour là comme d'habitude, c'était foot entre les garçons du cm1 et ceux du cm2 .
Je n'ai jamais été très doué au foot, mais cette fois-là je ne sais pas pourquoi on me met attaquant.
Ce jour là je mets sept buts, on gagne haut la main, et je me fais une admiratrice...
Juste avant la reprise de l'après midi, une fille vient me voir et me glisse un mot dans la poche, me demandant de le lire avant la récré de quatre heures.
Première chose que je fais en arrivant en classe c'est ouvrir le mot avec Cédric, un petit mot plein de c½urs partout, je t'aime rendez-vous à quatre heures sous le préau. Et là d'un seul coup d'un seul, ça fait le tour de la classe, tout le monde est au courant!

Mon c½ur bat la chamade. C'est mon premier rendez vous,je ne sais même pas quoi faire.

La cloche sonne et je me décompose...
Je me lève de ma chaise avec cette impression que tout le monde me regarde, même Cédric, mon fidèle copain se débine et me laisse en plan comme ça dans la cour.
Puis je la vois. Elle m'attends là bas, ses copines sont encore avec elle, mais je me lance j'y vais!
Je garde l'impression d'avoir vu la scène au ralenti, comme si j'avançais lentement vers une princesse et que le peuple me faisait une haie d'honneur, même les gardiennes de mon autre moitié se volatilisent comme des moineaux dès que je suis au point d'arriver à elle. Et là c'est magique... Carine me regarde et me demande si je suis d'accord... et moi ben je dis « oui »...elle m'embrasse, sous les rires nerveux des autres qui ne ratent rien. Ça y est je sais embrasser avec la langue!
J'ai dix ans, nous sommes en 1986, je suis un homme...et je suis amoureux.

Notre histoire durera trois jours, et ce sera aussi ma première bagarre.

*

Ce grand couillon, car il est grand, s'appelle Nicolas.
Il est beau, blond et en plus il est nouveau, plus nouveau que moi...
Un matin, je vois ce mec dans ma classe, comme le veut la coutume, il se présente...
A la recrée, c'est le test, vers qui va-t-il venir??
Et devinez...il vient vers moi et ma bande, bon choix, bienvenue dans le cercle.

Très vite, moi et lui on se comprend. Parents divorcés, région parisienne et on flashe sur la même fille. C'est là le hic, le moment où on est amis en se détestant...
Elle l'aime...elle me plaque...et je le déteste!

*

Il est là.
Elle est là.
Toujours sous ce préau, où j'ai aimé pour la première fois de ma vie.
Je fonce, et bizarrement la fameuse haie d'honneur se reforme... cours, Damien, cours!
Je lui saute dessus avec une violence que même moi je ne me connaissais pas. Et je lui tape dessus de toutes mes forces!
Il essaye de se défendre mais plus rien ne peut m'arrêter, on nous sépare, et je dois m'excuser... ce que je fais.

C'est fini...je l'ai définitivement perdue...
Première déception sentimentale, mais ce n'est qu'un début!

Nicolas comprendra ma détresse quelques jours plus tard, et c'est-ce qui va nous lier encore plus lui et moi.

*

On est en mars ou avril, enfin ça caille encore dehors!!!
A la maison ça devient invivable. Je viens de subir ma première vraie déception amoureuse, mes parents ont eu la superbe idée de dire à ma grand-mère et à son bonhomme de venir se ressourcer chez nous....oui ma grand mère coté maternelle est séparée depuis quelques années.

En fait les parents de ma mère, c'est-à-dire Maurice et Henriette, sont divorcés depuis un moment car je ne les ai jamais connus ensemble.

Maurice est remarié avec Michelle,une secrétaire de direction bien plus jeune que lui , et Henriette a ouvert un bar restaurant à Mouscron dans le nord.... Avec un monsieur qu'on appellera vite papy jacquot...
C'était pas un enfant de c½ur le papy jacquot.

Moi, personnellement je l'ai bien connu...Un mec gentil, le c½ur sur la main je pense... Et surtout un rôle de grand père...

Ma première vision de l'alcool c'est lui qui me l'a donnée, j'ai des souvenirs qui restent....
J'avais six, voir sept ans, à l'époque, une fête au village, je passe la soirée avec mon papy, il boit comme un trou toute la soirée mais moi à ce moment-là je ne vois pas encore les choses comme un grand, je réalise juste au moment où après avoir fait le tour des attractions, il faut rentrer à la maison.

Le trajet du retour à la maison me parait interminable. On marche à l'envers ou quoi?
Mais je m'en fous un peu! J'ai gagné une super guitare au tir a la carabine...
Ça y est on est devant la porte, il me dit de ne surtout pas faire de bruit pour pas réveiller mamy....
Et là, le trou de la serrure fait des siennes...il joue avec les nerfs de papy!!
Obligé de sonner.

Papy m'avait prévenu, mamy n'est effectivement pas contente!! Je te comprends tellement maintenant papy jacquot...

Donc pour le bien de papy, le retour au vert des « trembles », n'était pas forcément qu'une bonne chose. Car quelques mois plus tard, la cirrhose le tuait...

Mamy Henriette reste quelques mois chez nous.
Une période très conflictuelle entre elle et moi...enfin entre elle et nous...

*

Ma grand mère maternelle... c'est un livre à elle toute seule...comme ma mère d'ailleurs.
Mais les chiens ne font pas des chats.

Mamie jacquot...tu m'as fait tellement chier...et je t'aime tellement encore...
Des anecdotes? Oui.
Il y en a tellement à ce moment-là.

C'est l'année du top cinquante, plein de gens se souviennent...non? Marc Toesca avec le générique de ghostbusters, à ce moment-là c'est l'époque de a-ha, des bisounours, de simply red, de dépêche mode...

Ma grand mère avait un moment fétiche dans sa journée... le moment du top cinquante.
C'était pour moi, moins que pour mes frères qui adoraient se mettre sur le canapé à ce moment-là avec moi...un petit moment où on prenait le grand frère comme exemple...un grand moment de bonheur au milieu de ma cambrousse...

Notre grand-mère adorait ces moments-là, où pour un rien elle pouvait nous sabrer un moment de joie. Il lui suffisait juste de faire marcher le mixeur de la cuisine et on comprenait plus rien à notre émission...

Pour vous situer, quand je dis plus rien, c'est vraiment plus rien...
Non seulement on ne comprenait plus ce que nous disait ce cher marc, mais on entendait même plus le son de notre chanteur préféré ! Et je peux vous dire avec le recul qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait....une forme de sadisme que ma mère (les chiens ne font pas des chats) développera à merveille par la suite.
Mon père, ce cher homme, dans ces cas-là arrivait toujours au bon moment pour nous sortir d'un truc dérangeant. Mais il se battait contre l'inconcevable ! Une mère et sa mère...tu as perdu d'avance....
C'est pas grave papa je m'en rappelle encore !



# Posté le jeudi 21 août 2008 11:30
Modifié le vendredi 05 septembre 2008 13:38

suite ....

On avait une grande chambre, immense même...
Elle était en forme de « L », deux grandes lucarnes et toit en pan coupé. C'était notre lieu, une chambre pour trois mecs.
Chacun son coin quand même! Et interdiction de fouiller dans les affaires des autres!
Le soir, comme il faisait vraiment froid, on nous mettait dans le lit, une brique rouge, chauffé sur le poêle à charbon de la cuisine, enroulé dans un torchon. Je me rappelle encore la sensation chaude sur les pieds... un délice...

J'achetais des « vidéo 7 » , magazine, comme son nom l'indique, qui parle de vidéo.
Moi ce que j'aimais surtout c'était le cahier spécial a la fin du bouquin...de quoi faire de beaux rêves...et mes frères ne se grattaient pas pour en profiter aussi!

Mais à ce moment là j'étais pas très bien...
J'en avais marre de tout, Nicolas et moi avions envis de nous évader, de voir la vie car on etait sur de pouvoir s'en sortir....

J'avais envis de fuguer, un besoin de liberté enorme...
Mais j'etais un môme! Et la suite le prouve.

Le plan, c'était que nico et moi on se retrouve a minuit sur le grand croisement qui menait a Montmarault le premier gros bled du coin.

Ok, mais pour moi c'était l'expédition! J'avais préparé mon velo cross en bas de la maison, pris le soin de piquer quelques pommes de terres a ma mere, et surtout préparé tout le matos de peche planqué dans un buisson plus bas...

Et ce soir la, comme tout les soirs je monte dans la chambre avant mes freres...
Pour vous situer, la chambre donne sur l'exterieur par le biais de grandes lucarnes avec des fenêtres, le seul moyen pour moi était d'escalader...
Huit metres...
J'ai accroché une corde a la poignée de la fenêtre grande ouverte, bien serré le n½ud, et je me suis mis au bord de la fenêtre avec cette conviction qu'une nouvelle vie s'ouvrait a moi...et puis en fait j'ai regardé derrière..ça fesait haut...impossible...

Moment de panique! Je fais comment? Tout est balancé en bas ! C'est grillé! Et puis nico qui dois m'attendre...c'est ça le plus dur en fait a ce moment la...et je craque...

Mon pere m'explique que la corde passé autour de la poignée de la fenêtre est très dangereux et me fais réaliser que j'aurais pu me tuer, mais c'est mon pote que j'ai dans la tete...il m'attends...en cas de difficulté on devais se rejoindre a maxi deux heures du mat' au centre de Montmarault devant l'École. Je le dis a mon père, qui je pense a ce moment le pour accepter aussi vite, a surtout peur pour le gamin en velo cross sur la nationale...

On y vas et je vais dire a mon pote qu'on fait n'importe quoi et lui montrer que je suis la quand même!

On est devant l'Ecole, personne.

Nous avons attendu une bonne heure puis on est rentré.
Le lendemain j'ai pu aller voir Nicolas a la recre et lui dire que moi j'etais la, et pas lui...secret entre mon pere et moi!

*

Depuis quelques temps ils fréquentait les « Jaligots », une famille de fermier du coin.
Colette, Gérard, et leurs deux filles.

Leurs deux filles...
Aude, la plus grande avait mon age. Amandine avais l'age de Quentin mon frère
Elles nous ont fait découvrir la vie dans les bottes de foins...du moins les premières ébauches.

Mon père et Gérard s'entendait bien.
Je me souviens de moments qui marque la mémoire d'un gamin.
L'assassinat du cochon par exemple, une vraie boucherie a la barbare, un coup de masse en pleine tronche! Pauvre bête.
Le moment des foins aussi, c'est un moment unique a vivre, un grand moment de fête le soir après une journée souvent bien remplis.
Je me souviens de deux familles de plus en plus souvent ensemble, on s'entraidais..


Mes parents devenaient très « nature », ils avaient pleins de projets en tête, des fous, des irréalisables, et des qui tenaient la route.
Deux hectares et demie.... Pourquoi ne pas faire un camping? Projet collosal, réalisable! Mais financièrement c'était loin d'être l'éclate à ce moment la... et oui il avait bien fallut la payer cette maison!
Les temps sont durs?? Pas grave...
Ils étaient incroyablement solidaires dans ces moments la. Un exemple que j'ai pris et que j'applique, avec modération.
Dans la vie il y a deux façons de voir les choses en cas de crise... soit tu la regardes d'en haut, soit tu la subis d'en bas. Dans ces moments là mes parents ouvraient une bonne bouteille de champagne et se faisaient une bonne bouffe avant de refaire le monde. De ces moments là jaillissait souvent un nouveau projet...

On allait donc devoir se mettre au boulot dès le lendemain.
Tout d'abord il fallait construire un chenil...un vrai.

*

Maman avait son chenil.
Avec papa on avait retapé la petite maison a côté de chez nous.
En fait le délire... c'était de faire un élevage de colleys ou pour les puristes de « chiens des Pyrénées » .

Mais c dur financièrement!
Papa retourne bosser dans le bâtiment pour un salaire de misère, tout en continuant a assurer la survie de la rente familiale du à l'élevage de poulet!

Quand je vous dis élevage, c'est deux cent cinquante poussins sous couveuse a nourrir dans une grange que vous avez retapé de A à Z!!! Et la ben ... malgré tout les efforts ... Papa, il faut plus d'argent....

Mon père part donc dans le jura, pour plusieurs mois.
Mamie jacquot se prends un petit chez elle a Lille, il vaut mieux un petit chez soi qu'un grand chez les autres...ouf.

Et moi je reste la, l'homme de la maison a nouveau...enfin du moins c'Est-ce que je croyais...


*
A cette époque la je dors dans ma chambre...la mienne...mes frères ont la jouissance de la grande chambre! Moi j'avais besoin de m'isoler un peu et j'avais le droit a mon coin a moi, juste a cote de celle de mes parents. mon père étant dans le jura je devenais un peu le gardien de la forteresse.

Et ce matin la un truc bizarre me réveille... ma mère... un bruit inhabituelle...

Je vais passer les détails...


*

« je vais chercher du lait...a tout a l'heure... », ces mots resteront à jamais gravé dans ma tête.

Je me retourne dans mon lit, le vois ouvrir la porte et la, je fais semblant de dormir.

Je le déteste.

# Posté le jeudi 21 août 2008 16:12

Chapitre 3 NOUVEAU DEPART

Ma mère venait de me décevoir énormément, l'homme qui se disait l'ami de mon père, en fait couchait avec elle depuis qu'il n'était plus là...

Ce matin là, ma vie a pris une autre tournure, je grandissais d'un seul coup d'un seul en apprenant ce qu'était la haine...

J'ai attendu que ma mère descende, et je suis descendu avant qu' « il » ne revienne.

« Je vais chercher du lait à tout à l'heure ».

C'est la première phrase que je lui ai dite. Elle s'est retournée et ma demandé ce que ça voulait dire.

Le moteur ! Il arrive. Je pète totalement les plombs...
J'attrape le balais et je sors en courant sur sa voiture, je détruis sa bagnole!
Il sort en me demandant violemment ce que je fais, et je lui mets des coups de bâton dans la gueule ...j'ai dix ans et la rage d'un homme.
Je m'enfuis en courant, avec un goût de honte mélangé à cette haine. Et je pense à mon père...

Je suis caché là depuis des heures, dans un recoin derrière un tronc d'arbre à coté de la deuxième mare du terrain, et ils me cherchent partout ...
Je ne veux plus voir personne ! C'est ça la vie? Elle est aussi fausse?
« Il » part.
Je rentre à la maison et demande a ma mère d'appeler mon père et de lui dire.
Elle lui dira quelques jours plus tard...la suite je ne sais pas... Ils sont restés ensemble et je dirais que mes frères et moi ne sentions rien dans les tensions...

Ce que je sais, c'est que l'histoire était loin d'être finie !

Donc mon père revient, nous vivons des marchés au poulet.
On achète un petit agneau trop mignon et deux biquettes.
l'agneau ne tiendra pas longtemps... un drame à la maison.

On doit être en juin...
Maman nous annonce que la famille va s'agrandir... une fille !

La vie est belle... la maison prends vraiment tournure.

Mon père a récupéré un vieux chauffe-eau qu'il installe à l'étage à coté de la salle de bain.
Tout est branché, y a plus qu'à tester...


*

On vient nous chercher à l'arrêt du bus, ce n'est pas normal...
Notre père est à l'hôpital, le chauffe eau lui a explosé dans les bras ...il est au centre des grands brûlés.

Une momie...c'est la photo qui me revient à l'esprit. Et de l'émotion, une boule dans la gorge, un n½ud qu'on ne peut pas déglutir...
Nous saurons plus tard, qu'il a fait un arrêt cardiaque, a perdu la vue quelques jours sans savoir si ça reviendrait et a été brûlé au troisième degrés sur tout le torse et les bras...
Mais c'est un caractère et il se remet vite sur pied !

*


Les mois défilent sans trop de problèmes, les conneries de trois frères qui grandissent dans la campagne...

Février 1987, naissance de Laurienne, bienvenue petite s½ur...mais c'est une bouche de plus a nourrir...

Mes parents se rendent à l'évidence.

Mon père part sur Nice tout seul, il se met à son compte et monte une entreprise d'affichage et de montage de pub. Il revient nous voir toutes les deux semaines, et nous en attendant on refait nos cartons...

A ce moment la de ma vie j'ai un blanc ... un trou ...
Souvenirs de ma mère qui vit comme une adolescente puérile, partagée par le pseudo amour qu'elle a avec cet « homme » et l'amour tout court de cet homme courageux qu'était mon père...

Elle va jusqu'à me demander quelques jours avant notre déménagement, de lui donner un texte de JJ Goldman, « confidentiel », que j'ai pour habitude d'écouter a fond dans la maison, qu'elle lui écrira à « lui » sur un beau morceau de papier brulé...

*

C'est le jour du grand départ...

Des amis de longues dates sont venus aider.
Comme dans tous ces moments là ma mère se transforme en dragon, rien à faire du regard des gens, nous sommes tous des chiens à sa solde...

Elle m'envoie récupérer des gros pots avec des arbustes éparpillés dans le jardin.
Les herbes sont hautes...
je marche avec mon walkman sur les oreilles en maudissant ces pots dont je n'ai strictement rien à faire...
Je marche et je n'arrive plus à avancer ! Je tombe, et je vois cette fourche plantée dans mon pied...ma première réaction ? Je vais me faire tuer !

Je hurle !!! Pas de douleur, je ne sens rien... de peur en fait.
L'ami de la famille, arrive et se pose a mes cotés par terre en me disant « ce n'est pas grave » ... c'est nul mais quelque part c'est vrai...bref il retire les pics de la fourche plantés dans mon pied...
Je me retrouve chez le médecin du village (oui en auvergne c'est comme ca, pas d'hôpital assez proche) qui demande à ma mère si je suis vacciné, et comme le veut la coutume ancestrale, on ne vaccine pas les enfants chez nous ...

Apres un vaccin anti tétanos, après un coup de foudre de deux heures pour Audrey la fille des amis, après une vieille honte quand elle lira devant tout le monde, le mot doux que je lui avais écrit avec tout mon amour avant de bêtement me trouer le pied, il est vraiment temps de changer d'horizon !

# Posté le vendredi 22 août 2008 07:30
Modifié le vendredi 22 août 2008 14:15